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mellre leur conduite aux préceptes salutaires do la morale évangélique (1). Soyez donc catho(

, lique, janseniste même, si cela vous convient, et permettez à ma Susanne de suivre les principes religieux dans lesquels elle a été élevée.

Duhamel alloit répondre; mais comme je voulois prévenir une discussion inutile, je pris la parole, et je priai Kerkabon de continuer son récit.

Je le veux bien, répondit-il, et ce récit ne sera pas long. Depuis long-temps je tournois mes regards vers la France; car le souvenir de la patrie est le seul sentiment que l'absence et les années ne puissent affoiblir. Je savois

que le sceptre de l'anarchie avoit été brisé par un grand homme, et que les citoyens pouvoient respirer à l'abri des lois; je proposai à ma

à

(1) Voici un fait remarquable qui vient à l'appui de cette opinion. Les Irlandais qui passèrent en Amérique pendant la guerre de la révoluiion , formoient à la paix une partie assez considérable de la population des Etats-Unis. Ils s'étoient établis en grand nombre à Boston. La plupart de ces nouveaux citoyens, sans éducation et sans propriété, se livroient à des brigandages qu'on ne pouvoit parvenir à réprimer. Ces Irlandais étoient catholiques : leur culte ne fut pas plus tôt toléré, qu'on s'aperçut d'une amélioration sensible dans leur conduite et dans leurs mæurs; et il n'y a point aujourd'hui dans l'Etat de Alassachusets de citoyens plus honnêtes et plus industrieux. La vérité de ce fait m'a été confirmée par des protestans , dont le témoignage

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( Note de l'Editeur.)

est irrécusable.

fille adoptive de passer avec moi en Europe : elle y consentit; et après une heureuse traversée, j'aperçus ma terre natale avec un frémissement de plaisir dont aucun langage ne peut exprimer l'énergie. Je retrouvai à Nantes d'anciens amis; entre autres une famille intéressante qui devoit partir pour l'Italie dans le dessein de s'établir å Rome, où elle avoit acquis des propriétés assez considérables. Je m'étois convaincu que Susanne avoit un vrai talent pour la peinture ; et je ne balançai pas à profiter de cette occasion pour

lui

procurer un séjour agréable en Italie. Je préférai son intérêt à ma satisfaction personnelle, et je voulus qu'elle allât achever ses études sur cette terre classique, deux fois illustrée par les arts, et qui, dans les débris de ses monumens, conserve les souvenirs de son antique grandeur et les inspirations du génie. C'est là que,

devant les nobles compositions de Raphaël et les étonnans chefs-d'ouvre de Michel-Ange, elle a perfectionné son goût et appris comment on embellit la nature en l'imitant : ses succès ont sur. passé mon attente. Elle est enfin venue à Paris, seul théâtre digne d'un talent supérieur. C'est moi qui lui ai fait préparer l'atelier et l'appartement dans lequel vous m'avez rencontré. Elle a rapporté de Rome l'enthousiasme des beaux arts, et, ce qui vaut mieux encore, cette pureté

de mours qui ne devroit jamais être séparée du génic. Elle est encore un peu étrangère à nos usages. Freeman pourroit nous en dire quelque chose. J'ai donné, sur certaine aventure, à mon aimable pupille, une leçon qu'elle m'a promis de ne pas oublier.

Je n'étois pas trop à mon aise lorsque Kerkabon prononçoit ces paroles. Je savois bien que c'étoit à l'aventure du Luxembourg qu'il faisoit allusion. Pour affoiblir les railleries, je m'y livrai de bonne grace en révélant le secret de la ressemblance

que le major avoit trouvée entre ma figure et celle du roi arabe. Floranville s'égaya beaucoup à mes dépens; Duhamel lui-même ne put s'empêcher de rire; et nous nous séparâmes pleins d'estime pour madame le Sueur, et d'admiration pour son vertueux protecteur.

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CHAPITRE XIV.

Discussion littéraire.

Si, comme je me plais à le supposer, le lecteur bénévole a fait quelqu'attention aux traits qui composent mon caractère, il a dû s'apercevoir que j'aime tout ce qui tient aux arts, et surtout à la littérature. Il paroit peu de productions nouvelles sur lesquelles, en ma qualité d'amateur, je n'aie l'audace de porter un jugement; et comme je prévois que j'aurai moi-même, quelque jour, besoin d'indulgence, je ne me pique pas d'une grande sévérité. Je m'esforce, avant tout, d’être impartial. Je ne trouve point mauvais qu'un auteur soutienne des opinions dont la vérité ne m'est pas démontrée; et je ne condamne absolument que l'intolérance, le fanatisme et la mauvaise foi. Parmi les

ouvrages nouveaux que le public a jugés dignes d'estime, il faut distinguer ceux de M. de Chateaubriand. Des critiques pleins de goût ont découvert dans ces compositions des lautes graves que l'auteur, malgré toutes les res

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sources de son esprit, n'a pu parvenir à justifier: toutefois, il seroit injuste de lui refuser une imagination brillante et un talent d'un ordre élevé. Je pense même que

si M. de Chateaubriand, au lieu de copier les anciens, d'après le système adopté à la renaissance des lettres, s'étoit efforcé de les imiter à la manière de Boileau, de Racine, de Fénélon et de Voltaire; qu'il se fût moins abandonné à sa verve descriptive, il se seroit placé, par son poëme des Martyrs, à côté de nos meilleurs écrivains.

« Il faut beaucoup imiter les anciens et fort » peu les modernes : on peut suivre les premiers » en aveugle ; mais on ne doit marcher sur les » pas des seconds qu'avec précaution (1). »

Tel est le principe qui a égaré M. de Chateaubriand. Il a imité les anciens et, quoi qu'il en dise, les modernes mêmes en aveugle. Si l'on reproche à Cymodocée la prolixité de ses discours dans son premier entretien avec Eudore, M. de Chateaubriand répond : « Nausicaa parle bien plus longuement à Ulysse que Cymodocée à Eudore. Ces longs bavardages, si j'ose proférer ce blasphême, ces répétitions, ces circonlocutions hors du sujet , sont un des caractères du style homérique (2). » Il cite ensuite, comme autorités, les

a

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(1) Les Martyrs , tom. II, pag. 98, 34. édition. (2) Ibid., tom. I, pag. 53.

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