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bn du récit de cette aventure. Notre curiosité étoit tellement excitée que cette interruption nous fit de la peine. Avant de quitter Kerkabon, je lui demandai si cette histoire étoit fondée sur la vérité; et comment il en avoit appris les détails.

Rien n'est plus vrai que cette aventure, me répondit - il. J'en tiens les particularités d'un Espagnol que j'ai connu dans mon voyage du Mexique. Il avoit épousé une des femmes de dona Isabelle qui étoit sa favorite et sa confidente. Au surplus, cette histoire a été insérée dans les papiers publics, il y a quelques années. Personne n'en a jamais révoqué en doute l'authenticité.

Mais quel rapport y a-t-il, lui dit Duhamel, entre l'aventure d'une jeune fille enlevée par

des Sauvages, et la proposition que vous avez avancée, savoir, que l'éducation moderne des femmes n'affoiblit point en elles les sentimens naturels à une épouse et à une mère; proposition que je ne cesserai jamais de combattre comme fausse et téméraire.

Plus de rapport que vous ne pensez, répondit Kerkabon. Au reste , je répondrai à cette question, si vous êtes encore tenté de la faire lorsque j'aurai fini de vous raconter mon histoire.

Là-dessus, nous quittàmes le philosophe , et cette fois-ci j'eus la bonne fortune d'accom

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pagner madame Le Sueur qui plaignoit beaucoup le sort d'Elvire, et maudissoit l'envie qu'avoit eue dona Isabelle de lui donner des conseils. Elle s'emporta jusqu'à l'appeler vieille folle. Cette marque de sensibilité, qui n'étoit point affectée, me donna bonne opinion de son cœur. J'entrai dans ses idées, et je partageai son ressentiment; ce qui me valut de sa part quelques éloges flatteurs dont je lui sus bon gré.

CHAPITRE XVI.

Suite et conclusion de l'histoire de dona Elvire.

LE lendemain je retournai le soir chez Kerkabon; où je trouvai notre petite société réunie. Floranville avoit un air rayonnant. Après les premières civilités, il me conduisit dans l'embrasure d'une fenêtre, et me dit à voix basse : Mon cher Freeman, je suis au comble de mes vœux; j'ai enfin arraché de la bouche de Pauliska le secret de son cœur. Elle brûle pour moi de la flamme la plus vive; mais elle a de grands ménagemens à garder. La comtesse est comparable au dragon qui veilloit dans le jardin des Hespérides. Il n'est peut-être jamais sorti de Pologne une vertu plus sauvage. Je tâcherai de l'apprivoiser. Je vous dirai cependant qu'elles sont charmées de leur nouvelle demeure; et ce qui fortifie mes espérances, c'est que la mère trouve mon cuisinier excellent.

Kerkabon étant prêt à prendre la parole, nous

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allâmes nous asseoir près de lui; et il continua, ainsi l'histoire d'Elvire :

« Il est difficile de se faire une idée du deuit et de la consternation que l'enlèvement d'Elvire. répandit dans le palais de Zalapa. Quelques per-, sonnes assurent que les dames qui faisoient parade d'une grande tristesse n'étoient pas les plus affligées. Pour moi, qui me décide toujours pour le parti le plus favorable au beau sexe, je suis convaincu de la sincérité de leur affliction. Le. vice-roi prit les mesures nécessaires pour

découvrir les traces de sa fille. Il écrivit à tous les postes placés sur les frontières , à toutes les missions, même à celles de la Californie ; il envoya de petits détachemens sur toutes les routes; enfin, il n'oublia aucune des précautions que sa prudence et la tendresse paternelle purent lui sug. gérer. Don Alphonse, que ce funeste événement avoit réduit au désespoir, s'éloigna de la cour, et jura de ne revenir que lorsqu'il auroit délivré son épouse et vengé son outrage.

» Le vice-roi et sa cour retournèrent à Mexico. Dona Isabelle osoit à peine se montrer , parce. qu'on la regardoit généralement comme la cause. première du désastre qui venoit d'arriver: il faut cependant lui rendre justice ; elle déploroit la perte, de sa nièce; et la scène tragique, dont elle avoit été témoin ne sortoit pas de son sou

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venir. Elle ne cessoit de parler à ses confidentes

à de la manière dont les Sauvages s'étoient comportés à son égard, et ne pouvoit concevoir qu'ils

à eussent négligé de l'enlever avec Elvire , qu'en supposant que son air distingué avoit frappé ces barbares de crainte et de

respect. » Il est temps de revenir à Elvire. Les Sauvages qui l'avoient enlevée appartenoient à la nation des Séris, contre lesquels le vice-roi avoit depuis peu dirigé une expédition. Cette tribu habite une chaîne de montagnes presqu'inaccessibles à cent lieues de Mexico, au sud-ouest. Quelques-uns de leurs guerriers, irrités des ravages que les Espagnols avoient commis sur leur territoire, s'étoient réunis dans le dessein de se venger.

Ils avoient mis à leur tête Ouabi, le fils d'un de leurs chefs, et se cachant pendant le jour, suivant leur usage , ils étoient parvenus sans être aperçusjusqu'aux portes de Zalapa. Leurintention étoit de surprendre quelques Espagnols; et le hasard voulut

que

la fille même du vice-roi tombât entre leurs mains. Ouabi , frappé de sa beauté, et satisfait du résultat de son expédition, reprit le chemin de ses montagnes.

» Le désespoir d'Elvire fit quelqu'impression sur ces Barbares; et pour lui épargner la fatigue de la marche , ils coupèrent quelques branches de cèdre et fornièrent une espèce de palan

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