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sur la nature que dérive tout ce qu'il y a de beau et de moral dans la vie humaine. La nature nous a mieux traités que nous ne le persons. C'est elle qui a mis dans notre cæur ces douces affections qui nous attachent à notre famille, à nos amis, à nos concitoyens, enfin à tous les êtres qui lèvent comme nous un regard sublime vers le ciel. Le remords qui poursuit le meurtrier dans les ténèbres, le remords incorruptible qui jonche d'épines le lit de pourpre, et empoisonne le repas fastueux du crime opulent; l'amour de la gloire, source des hautes pensées et des grandes actions, l'instinct qui nous fait voler au secours de l'homme menacé d'un danger imminent; la raison qui nous apprend à distinguer

le bien et le mal ; tous les bons sentimens, dont nous sommes animés, forment une partie de nous-mêmes; nous ne pouvons nous en détacher. Quand nous obéissons à l'action qu'ils exercent sur nous, nous éprouvons une satisfaction paisible, une volupté intérieure qui nous rend heureux, et qui est la première récompense de la vertu. Interrogez cette mère dévouée ! Elle paroît abandonner tous les plaisirs, et se sacrifier pour un enfant qui ne peut l'entendre, mais qui peut lui sourire. Demandez-lui si ce n'est pas là le bonheur. Ce qui vous semble un sacrifice, une abnégation absolue de soi-même, est pour

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elle une jouissance véritable , une félicité sans bornes. Son enfant, c'est elle. Ainsi , nous agissons toujours par un intérêt personnel, même dans les actions qui paroissent les plus désintéressées. Mais d'où vient que ce même principe produit tant de calamités ? c'est qu'il est mal entendu; c'est qu'il est obscurci

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les passions mauvaises; c'est que l'homme s'est identifié avec une foule d'objets dont la jouissance ne peut .constituer un bonheur réel. Ces hommes qui passent devant vous, quelle croyez-vous que soit leur existence ? L'un ne respire que l'espérance passionnée de la fortune, c'est un joueur; l'autre existe dans le coffre-fort qui renferme ses richesses, c'est un avare : celui-ci dans l'idée toujours active du pouvoir et des honneurs, c'est un ambitieux; celui-là dans les applaudissemens d'une tourbe insensée, c'est un charlatan. C'est donc l'amour de soi appliqué à des objets indignes de ce sentiment qui rend les hommes coupables , malheureux, et qui trouble le repos des sociétés. Qu'est-ce que la vertu ? c'est l'amour de soi placé dans de nobles sentimens, et produisant des résultats utiles. Eclairez donc les hommes ! vous les rendrez meilleurs; apprenezleur à ne s'identifier qu'avec les choses approuvées par la raison et par la nature. Surveillez dès l'enfance les progrès de cette précieuse identité;

apprenez-leur à s'aimer dans leur patrie, dans leurs familles, dans l'honneur, dans l'exercice des vertus propres à leur condition, et vous aurez des magistrats incorruptibles, des guerriers humains et intrépides, de bons pères de famille, de chastes épouses, des riches bienfaisans, et des citoyens honnêtes et industrieux.

Kerkabon alloit continuer son discours, lorsque nous fùmes interrompus par l'arrivée du major Floranville. Il nous avoit aperçus de loin, et nous aborda pour nous montrer d'un air mystérieux une jeune femme assise au pied de la statue de Diane. Je ne sais ce qu'il me dit à l'oreille d'un air très satisfait de lui-même. J'étois occupé des idées du philosophe Breton; et quoique ses raisonnemens ne me parussent pas sans replique, ils m'excitoient à penser; et c'est dans cette disposition d'esprit que je revins à mon logement.

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CHAPITRE III.

Le Jardin du Luxembourg.

LORSQUE je veux me livrer à mes réflexions sans craindre d'être interrompu, je vais me promener au Luxembourg. Ce jardin esť singulièrement agréable aux personnes méditatives. Vous pouvezy passer des heures entières dans une profonde solitude; et les habitués qui s'y trouvent ne font guère plus de bruit que les statues dont il est décoré.

Je ne m'y rends jamais sans être muni d'un livre. Je fais trois tours de promenade, et je commence ma lecture. La femme chargée du soin des chaises est tellement accoutumée à mes allures , et à ma figure tant soit peu hétéroclite, qu'à la fin de mon troisième tour, je suis sûr de trouver un siége au lieu que j'ai choisi comme le plus propre à lire et à réfléchir. J'avois quelqu'envie de désigner l'arbre au pied duquel je m'assieds ; mais je suis retenu par un motif puissant de modestie. J'ai pensé que si je faisois cette

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confidence au public, on verroit bientôt accourir de tous les coins de Paris une foule de spectateurs plus considérable que n'en ont jamais attiré la Fille sauvage, ou le cerf de Franconi. Je ne veux pas m'exposer à une gloire aussi éclatante, ni qu'on me reproche d'avoir troublé la retraite et le repos des honnêtes habitués du Luxembourg (1).

Parmi les auteurs qui m'accompagnent dans mes promenades, les poëtes tiennent le premier rang. Leurs imaginations, suivant l'expression animée d'un philosophe, « eslancent les miennes. » Ils me transportent dans un monde idéal, où je me trouve fort à l'aise, et me présentent des tableaux d'une nature choisie qui sont pour moi du plus grand intérêt. J'avoue que je lis plus souvent nos poètes de l'ancienne école que la plupart de ceux qui appartiennent à l'époque actuelle. Ceux-ci se passeront aisément de mon

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(1) Je me crois obligé, en ma qualité d'éditeur et surtout de commentateur, de relever ici une contradiction de Freeman. Il a fait entendre plus haut que son livre ne devoit être publié qu'après sa mort. Cependant, on pourroit croire par

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paragraphe noté qu'il n'avoit pas renoncé au projet d'être luimême témoin de ses succès. J'imagine que sa vanité d'auteur combattoit sa modestie naturelle, et que ces deux sentimens régnoient tour-à-tour sur son esprit. On verra dans la suite que la modestie l'emporta sur la vanité ; ce qui fait honneur à son caractère.

(Note de l'Editeur.)

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