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dans les cachots de l'inquisition, parce qu'il avoit prouvé que la terre tournoit autour du soleil.

Milton employa deux ans dans ces voyages. Il auroit desiré passer en Sicile et en Grèce, cette terre classique si féconde en grands souvenirs; mais il apprit que des troubles se manifestoient dans sa patrie; et, loin de se tenir, comme il pouvoit le faire, à l'abri des orages, il abandonna ses projets, et revint partager la destinée de ses concitoyens.

A son retour, il prit une maison dans la rue d'Aldersgate, où il s'occupa de l'éducation d'un de ses neveux, fils de sa sœur. Il reçut aussi quelques autres jeunes gens qui demeuroient chez lui, et dont il dirigeoit les études.

Dans sa trente-cinquième année, il épousa Mary, fille de Richard Powell, écuyer; mais, un mois après la cérémonie, il se sépara de sa femme, ou plutôt ce fut elle qui abandonna son mari. Milton l'invita plusieurs fois à revenir chez lui. Irrité de ses refus, il publia plusieurs traités sur la nécessité du divorce, et commença même à rechercher ouvertement une jeune dame distinguée par sa beauté et son esprit. Cette nouvelle étant parvenue aux oreilles de Mary, elle en fut alarmée; et un jour qu'elle se rencontra inopinément avec Milton, elle ne balança point

que

à se jeter à ses pieds et à implorer un pardon la bonté facile de son époux lui fit obtenir. On assure que, frappé de cet événement, il s'en ressouvint en composant le Paradis perdu, et que ce souvenir lui inspira la scène pathétique dans laquelle Eve sollicite avec tant de charme et d'éloquence le pardon de sa faute, qui lui est accordé par Adam.

Il est vrai qu'en lisant ce morceau, on est vivement touché de la force et de la vérité des sentimens. C'est un des passages que M. Delille me paroît avoir fait passer dans notre langue avec le plus de bonheur. On en jugera par la comparaison de la traduction avec l'original. Voici le texte de Milton:

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He added not, and from her turn'd; but Eve

Not so repuls'd, with tears that ceas'd not flowing;

And tresses all disorder'd, at his feet

Fell humble, and embracing them, besought

His peace, and thus proceeded in her plaint :

« Forsake me not thus, Adam; witness heaven » What love sincere, and reverence in my heart » I bear thee, and unweeting have offended, Unhappily deceiv'd; thy suppliant

»

» I beg, and claspt hy knees; bereave me not Whereon I live, thy gentle looks, thy aid, Thy counsel in this uttermost distress,

>>

>>

My only strength and stay, forlorn of thee,

» Whither shall I betake me; where subsist?

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While yet we live, scarce one short hour perhaps, Between us two let there be peace, both joining, » As join'd in injuries, one enmity

»

n

Against a foe by doom express'd assign'd üs,

» That cruel serpent on me exercise not

»

Thy hatred for this misery befall'n,

>> On me already lost; me than thyself

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» More miserable; both have sinn'd, but thou

» Against God only, I against God and thee,

» And to the place of judgment will return,
» There with my cries importune heav'n, that all
» The sentence from thy head remov'd may light
» On me,
sole cause to thee of all this woe,
» Me, me only, just object of his ire. »

She ended weeping; and her lowly plight,
Immoveable till peace obtain'd from fault
Acknowledg'd and deplor'd, in Adam wrought
Commiseration; soon his heart relented
Towards her, his life so late and sole delight,
Now at his feet submissive in distress,
Creature so fair his reconcilement seeking,
His Counsel, whom she had displeas'd, his aid;
As one disarm'd, his anger all he lost;

And thus with peaceful words uprais'd her soon.
Unwary, and too desirous as before,

«<

» So now of what thou know'st not, who desir'st

>> The punishment all on thyself; alas,

» Bear thine own first, ill able to sustain

» His full wrath, whose thou feel'st as yet least part,

» And my displeasure bear'st so ill. If prayers

» Could alter high decrees, I to that place

» Would speed before thee, and be louder heard,

That on my head all might be visited,

>>

Thy frailty and infirmer sex forgiven,

>> To me committed and by me expos'd.

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» But rise; let us no more contend, nor blame » Each other, blam'd enough elsewhere, but strive. >> In offices of love, how we may lighten

>> Each other's burden in our share of woe. » Paradise lost. Book the tenth.

Traduction, ou plutôt imitation de M. De

lille :

Il dit, et se détourne: Eve alors fond en larmes;
Ses beaux cheveux épars ajoutent à ses charmes;
Elle tombe à ses pieds, embrasse ses genoux,
Et de l'air le plus humble et du ton le plus doux :

<< Cher Adam, prends pitié de ma douleur extrême; » J'en atteste le ciel qui sait combien je t'aime, >> Et pour toi quel respect est gravé dans mon cœur; » Ma faute fut bien moins un crime qu'une erreur : L'imprudence la fit, que le remords l'efface;

2)

» Vois mes larmes couler sur tes pieds que j'embrasse,

» Assez de maux sur moi tombent de toutes parts, Ne me refuse pas tes consolans regards;

>>

Toi seul es mon conseil, mon guide, ma ressource; » D'un reste de bonheur ne ferme point la source;

» Dans ce monde désert tout me glace d'effroi,

» Ah, ne repousse point un cœur qui vient à toi!

>>

Où fuir, si mon époux me défend de le suivre?

» Peut-être nous n'avons que peu d'instans à vivre;

» Ah, qu'aujourd'hui nos vœux et nos cœurs ne soient qu'un!

» Nous avons à lutter contre un danger commun:

» Cet ennemi du ciel il est aussi le nôtre;

» Pour le combattre mieux liguons-nous l'un et l'autre ;

» Pour la seconde fois ne nous séparons pas;

» J'ai failli loin de toi ; je vaincrai sur tes pas.

» Hélas! d'un double poids l'infortune m'accable;

Je suis la plus à plaindre étant la plus coupable: » Comme moi tu péchas contre le ciel; et moi » Criminelle envers lui, je le suis envers toi. » Aux lieux où l'Eternel prononça sa sentence, » J'irai, j'irai fléchir, s'il se peut, sa vengeance, » Lui dire que moi seule ai provoqué ses coups, » Que sur moi seule aussi doit tomber son courroux, » Heureuse, s'il exauce un vœu si légitime,

D'emporter en mourant le pardon de mon crime. »
Elle dit, et sa voix expire dans les pleurs.

Son maintien suppliant, ses remords, ses malheurs,
Ses accens douloureux, l'aveu de sa foiblesse
Ont dans le cœur d'Adam réveillé la tendresse :
Le doux ressouvenir fait parler la pitié.
L'objet de ses désirs, sa plus chère moitié,
Dont son amour naguère idolâtroit les charmes,
Prosternée à ses pieds qu'elle baigne de larmes,
Embrassant ses genoux, implorant son appui,
Résolue à mourir s'il faut vivre sans lui,
Ont insensiblement désarmé sa colère.
Il la fixe en silence, et d'un ton moins sévère :
Imprudente, dit-il, quelle nouvelle erreur
» Vient encor t'abuser d'un délire trompeur!

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