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Hamédy, officier de l'Alcaïde d'Enoz, petite. ville située à quelque distance de Maroc.

FREEMAN.

M'y voilà. « Des brigands infestoient depuis long-temps le territoire d'Enoz. L'Alcaïde CidyMoulou envoya contre eux un détachement qui parvint à les disperser et à se saisir de leurs chefs. Ils furent conduits devant l'Alcaïde qui monta sur son tribunal pour procéder à leur jugement. Il étoit entouré de soldats commandés par un officier nommé Hamédy, qui avoit toujours montré beaucoup de zèle dans l'exercice de ses fonctions.

» Le premier criminel qui se présenta étoit un vieillard de cinquante-cinq ans, père de ce même Hamédy. L'Alcaïde, par égard pour cet officier, ne voulut pas condanner le vieillard à la peine de mort, et ordonna seulement qu'on lui, coupât une main dans le lieu destiné à ces. sortes d'exécutions.

» Le vieillard sortit de la salle d'audience, et un soldat s'apprêtoit à le suivre, lorsque le jeune Hamédy prit la parole, et, s'adressant à l'Alcaïde, lui demanda comme une grâce d'exécuter lui-même la sentence prononcée.

» Considérez, lui dit Cidy-Moulou, que ce vieillard est votre père. -Je le sais, répondit Hamédy; mais il s'est rendu coupable, et je

ne me regarde plus comme son fils. Je ne trouverai jamais une si belle occasion de vous prouver mon dévouement, de montrer mon zèle pour le service du prince, et ma haine pour ses ennemis.

>> Les paroles de ce fils dénaturé firent frémir toute l'assemblée. L'Alcaïde essaya vainement d'ébranler sa résolution; enfin il en eut horreur, et voulant se défaire d'un tel monstre, il lui accorda l'horrible faveur qu'il sollicitoit avec tant d'instance. Pendant qu'Hamédy étoit absent, Cidy-Moulou ordonna à un soldat de se tenir prêt à abattre la tête de cet officier au premier signal.

>>

Hamédy rentra bientôt, portant la main coupée qu'il remit tranquillement à un esclave de l'Alcaïde. Celui-ci, dans le premier mouvement de son indignation, donne au soldat le signal convenu. Un coup de cimeterre fait voler la tête d'Hamédy aux pieds de Cidy-Moulou; le cadavre tombe, et chacun s'aperçoit qu'il lui manque une main.

» Cette victime de l'amour filial n'avoit demandé à exécuter la sentence du juge, que pour sauver son père; il s'étoit rendu près du vieillard, et lui avoit dit : Sortez ; l'Alcaïde veut bien vous faire grâce en ma faveur. A peine est-il sorti, que le généreux Hamédy se coupe une main, et enveloppant la plaic dans la longue

manche de son doliman, il revient d'un air calme rendre compte de sa mission.

Cidy-Moulou étoit pénétré de douleur et de remords lorsque le vieillard lui-même rentra les mains élevées, et se jeta sur le corps de son fils, en poussant des cris de désespoir. Cette scène pathétique attendrit même les bourreaux. de l'Alcaïde. Hamédy fut enterré avec honneur dans un lieu particulier, auprès duquel on éleva une mosquée. Son père ne lui survécut pas long-temps. >>

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KERKABON.

L'action d'Hamédy est certainement le plus beau trait de piété filiale que je connoisse, et il mérite d'être transmis à la postérité. Concevez, s'il est possible, l'étonnement ou plutôt la stupéfaction de Cidy-Moulou à la vue de ce corps privé d'une main, et combien fut rapide le passage de l'horreur à l'admiration!

DUHAMEL.

Je trouve étonnant que cette belle action se soit passée parmi des Turcs.

KERKABON.

Espérons, mon cher Duhamel, que l'ange, dépositaire du livre de vie, ne s'informa pas si l'auteur de ce trait héroïque étoit Turc ou chrétien!

FREEMAN Je suis tellement frappé de cette touchante anecdote, que je n'ai plus le courage de m'occuper de notre examen.

DUHAMEL. Remettons la partie à une autre séance. Celleci m'a intéressé. Je garde ce Voyage de Maroc, et je le placerai avec honneur dans ma bibliothèque

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CHAPITRE XX.

Lettre de Floranyille.

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La lettre suivante, que j'ai reçue le lendemain de la fête de famille dont j'ai rendu compte dans le chapitre précédent, m'a beaucoup surpris, et peut-être produira-t-elle le même effet sur l'esprit de mes lecteurs. Elle est de Floranville, et c'est son valet de chambre, le fameux Gabriel , qui me l'a apportée.

« Mon cher Freeman, je me trouve dans la même position que Panurge lorsqu'il disoit à Epistémon , son compère : « Je suis en phantasie de me marier. » Vous avez dû vous apercevoir, hier, que j'étois, contre mon ordinaire, un peu taciturne et rêveur. C'est que je roule dans ma lêle un grand projet

. Je commence à m'apercevoir qu'à force de vivre on finit par n'être plus jeune; et qu'il peut être utile de se préparer de. bonne heure des ressources contre l'ennui et le délaissement qui suivent la dernière saison de la vie. Pour tout dire, en un mot, je suis en fantasie de me marier.

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