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CHAPITRE XXI et dernier.

Catastrophe. Séparation.

Je ne manquai pas de me rendre à l'hôtel de Floranville le jour qu'il avoit fixé pour conclure son mariage; car il m'avoit prié obligeamment de signer au contrat. Je trouvai chez lui Kerkabon, Duhamel, et madame le Sueur que je ne rencontre jamais sans plaisir. Elle me parut ce jour-là plus belle et plus intéressante que jamais. J'ignore comment cela finira; mais plus je la vois, plus je découvre en elle de qualités estimables. « Si, comme le dit Floranville, » notre mariage était écrit là-haut !» C'est un bonheur que je n'ose espérer.

Un moment après notre arrivée , M. Bonnemain le notaire est arrivé. Il avait préparé le contrat, et il ne restait plus qu'à y mettre les signatures. Nous attendions les nouveaux époux. Ils sont entrés, l'un et l'autre, suivis de la comtesse Bataroski qui s'efforçait de donner à son maintien un grand air de dignité.

Il faut avouer que sa fille est d'une beauté

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faire un

rare. Elle est d'une taille au-dessus de la médiocre et se présente avec grâce; de grands yeux noirs, une bouche charmante, des bras et des mains modelés dans la perfection, la fraîcheur de la jeunesse ; tous ces avantages m'expliquerent la passion de Floranville , et je commençai à croire qu'il n'avoit pas si grand tort, que je l'avois imaginé, d'épouser Pauliska.

Après les complimens d'usage, M. Bonnemain lut à haute voix le contrat dans lequel Kerkabon faisoit de grands avanlages à sa nièce. Celui-ci prit ensuite la plume; mais avant de signer, il voulut, suivant sa coutume, peu de morale.

« Mes enfans, dit-il, en s'adressant aux deux is époux, vous allez contracter un engagement » indissoluble, et je regarde comme un devoir » de vous expliquer en peu de mots la nature » de cet engagement.

» Vous, mon neveu, vous allez promettre de >> contribuer de toutes vos forces et de tout à votre pouvoir au bonheur de la compagne ») que vous avez librement choisie. Vous devez » concentrer en elle toutes vos affections. Il ne » vous sera plus permis de porter ailleurs l'hom

mage de votre cæur; et c'est par une invio» lable fidélité que vous mériterez celle de votre » épouse. Elle entre dans une carrière pénible;

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is c'est à vous de semer des fleurs sur ses pås; » de soutenir sa foiblesse, de fortifier son cou

rage et de lui donner de bons conseils. Rap» portez-vous-en à mon expérience. C'est tour » jours par la faute du mari que la paix do» mestique est troublée.

» Le mariage est une société où les maux et » les biens sont mis en commun. Si la fortune » vous favorise, procurez à votre femme tous » les plaisirs décens qui conviennent à l'état » où elle se trouvera dans le monde. Autrefois » on voyoit rarement les maris avec leurs » femmes; c'étoit là le comble de la dépravation

des mours : aujourd'hui nous sommes revenus » à des idées plus saines, et nous devons nous » en féliciter. On vous estimera davantage si ► vous vivez dans une union parfaite avec votre » épouse; et vous ne mariquerez pas de suivre » » cet avis, si vous réfléchissez qu'une bonne » femme est le plus précieux de tous les trésors.

» Si vous êtes destiné par la Providence à > connoître l'adversité, soyez encore plus in

dulgent, plus tendre envers la compagne qui » doit partager vos malheurs. C'est sur vous. » qu'elle doit s'appuyer dans les temps orageux, » Que deviendra-t-elle si vous lui retirez cet » appui ? Ne lui montrez donc jamais d'humeur;

occupez : vous à la consoler , à lui montres

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» l'avenir sous un aspect plus favorable. Elle serai »? sensible à vos procédés, et ses caresses et son

amour vous dédommageront des caprices du

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» sort. »

Le philosophe se tournoit vers Pauliska pour continuer ses exhortations morales , lorsque nous vîmes entrer dans l'appartement un homme chargé d'une grande corbeille couverte d'un schall de cachemire. Il la dépose au milieu de la chambre, et se retire après avoir remis une lettre à Kerkabon. Cet incident ne surprit personne; on savoit que le philosophe devoit faire

; des présens à sa nièce, et il étoit naturel d'imaginer qu'ils étoient contenus dans cette corbeille. Je remarquai sur le visage de la comtesse l'air de la satisfaction. Elle paroissoit avoir une grande démangeaison d'examiner les présens de noce, et cela dérangeoit un peu sa gravité. Pauliska avoit aussi quelque peine à cacher sa joie. Une corbeille couverte d'un cachemire deyoit renfermer des trésors.

Kerkabon décachète la lettre, et tandis qu'il en fait la lecture, son visage change de couleur. Madame, dit-il à la comtesse, faites-moi le plaisir de découvrir cette corbeille. La comtesse se hâte de remplir cette inisșion ; à peine a-t-elle soulevé le cachemire qu'elle reste pétrifiée d'étonnement, et Pauliska tombe sans con

noissance sur un fauteuil qui se trouva heureusement près d'elle. Qu'on juge de notre étonnement, lorsque nous aperçûmes au fond de la corbeille un beau petit garçon plongé dans un doux sommeil. L'enfant se réveille au bruit qu'on faisoit autour de lui, et se met à pousser des cris qui tirèrent Pauliska de son évanouissement; elle s'élance vers la corbeille fatale; et la nature étouffant en elle toute autre considération, elle prend dans ses bras l'enfant dont elle étoit mère, et cherche à le calmer en répandant un torrent de larmes. Touchée de ce spectacle, madame le Sueur s'approche de Pauliska et s'occupe à la consoler.

Je ne savois que penser de cette aventure. Floranville troublé, attendoit une explication , lorsque Kerkabon s'adressa en ces termes à la comtesse : « Madame, ramenez votre fille et votre petit-fils. Votre conduite mériteroit une punition exemplaire ; c'est avec un faux nom et une fausse qualité que vous vous êtes présentée pour entrer dans ma famille. Vous êtes la première femme qui m'ait donné occasion de mal penser de son sexe; mais je vous regarde comme une exception. C'est à vous seule, à vos perfides conseils que j'attribue la conduite peu

honorable de votre fille. Elle est infortunée; mes bienfaits iront la chercher en quelque lieu qu'elle

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